english

hedwig houben




Extrait de la conférence ‘Five Possible Lectures on Six Possibilities for a Sculpture’
(fr : ‘Cinq Conférences Possibles sur Six Possibilités pour une Sculpture’)




“… J’aimerais vous présenter Cinq Conférences Possibles sur Six Possibilités pour une Sculpture, qui est une discussion sur un projet sur lequel je travaille depuis 2009 en collaboration avec Hedwig Houben. Ce projet consiste en un certain nombre d’analyses de méthodes et de dilemmes qui entourent ma présence dans le passé, le présent et le futur. Qui est-ce que j’ai été, qui suis-je, et que devrais-je être ?
Après une série de conférences que Hedwig a tenu sur mes problématiques, potentiels et possibilités, j’aimerais poursuivre cette recherche en me focalisant sur quelques extraits spécifiques de ces discussions passées. En me déconstruisant et en réinterprétant ces situations, j’espère d’obtenir plus de perspicacité sur mes apparences et sur la démystification de moi-même, l’inconnu…”




“… Hedwig a continué son discours expliquant de quoi a l’air la 4ème variante de moi et en donnant également deux suggestions pour la 5ème et la 6ème versions qui pourraient être réalisées dans le futur…
En repensant à ce discours je me demande dans quelle mesure Hedwig est en effet consciente de sa présence lorsqu’elle parle ? Se considère-elle là comme performeuse ? J’estime de même être une « sculpture », bien que je suis consciente d’être absente visuellement, vu le fait que je ne suis pas physiquement présente dans la conférence, seulement à travers un certain nombre d’autres sculptures. Ou bien devrais-je dire plutôt reproductions ou copies ou modèles ou répliques puisque je suis convaincue que c’est encore moi qui suis « la vraie sculpture » dans le cas de ce projet. Néanmoins je suis confuse d’avoir vu d’autres objets prendre la place centrale sur la scène au lieu de moi-même et de s’approprier mon rôle de transmetteur de l’artiste vers le spectateur…  »




“… Ces doits glissent légèrement au dessus d’un objet gris et brillant. Elle le touche avec délicatesse. Doucement elle enfonce un de ses doigts dans la masse. C’est tendre et humide. Elle appuie à nouveau avec un peu plus de pression. L’un après l’autre les doigts s’enfoncent lentement dans la matière. Ils semblent disparaître complètement dans la substance grise. Ça ne fait pas mal, c’est doux et agréable. Elle la presse dans ces mains et sent l’objet se modeler autour et entre ces doigts. Cette sensation est extraordinaire. Plus elle appuie, plus ça devient chaud. C’est presque comme si en me pressant elle me réinjectait dans la matière. Comme si elle me rendait ma matérialité et me laissait ainsi échapper à mes apparences antérieures. J’échappe à mon passé ; il n’y a pas de thème, je suis revenu à zéro…”




“…Sculpture : Cette transformation permanente de contexte m’a rappelé un peu le film Zelig de Woody Allen dans lequel un homme appelé Zelig pouvait changer son physique pour correspondre à son entourage. Il pouvait ainsi être mince, gros, écrivain, musicien, docteur, Asiatique, Européen, tout ce qui se trouvait autour de lui. La connexion entre le personnage de Zelig et moi même, sculpture, a été dans un sens que tous les deux nous n’étions pas attachés à un type d’apparence ou d’idée, mais nous pouvions varier à chaque fois, même si cela pouvait être perçu comme un manque d’identité ou de vision… – dans le cas de Zelig ces transformations ont été le résultat du désordre mental. – En tant que Sculpture, j’ai été particulièrement intéressée par la variabilité/modification/possibilité, d’avoir la capacité d’ajuster et d’améliorer une version antérieure…”

Note

Mon travail est, ou peut être lu comme une critique et une déconstruction du travail de Hedwig Houben par Hedwig Houben. Je joue avec les concepts du bon et du mauvais, de l’art et du non art, de la présence de l’objet et de l’absence de l’objet, du présent et du passé, du noir et du blanc, de l’artiste et du spectateur. J’essaie de placer l’art dans une situation de dialogue personnel, usant de clichés, de concepts obsolètes, et de significations sur-employées afin d’interroger notre rapport à l’art, aux objets, et à la vie. Je le fais en créant des histoires (performances, films) – similaires aux expérimentations d’un laboratoire – pour définir et saisir ce que c’est que le processus créatif : Comment fait-on de l’art ? Qu’est-ce qui est bon, qu’est-ce qui est mauvais ? Qu’est qui est unique ?





J’applique ces questions simples en apparence aux activités et aux objets que je produis, afin de démêler ce processus et de chercher un sens, ce qui peut conduire parfois à des dialogues et des narrations déroutants ou ridicules.




Au cœur de mon processus de travail, des questions appellent de nouvelles images, et les nouvelles images mènent directement à de nouvelles questions. La série de conférences ‘Six Possibilities for a Sculpture’ est un bon exemple de cela dans mon travail. Cette série consiste en un certain nombre de lectures proposant l’analyse des doutes et des réflexions au moment de la création d’une sculpture.




Lors de la première conférence, les questions et les doutes sur l’objet étaient évidents. La conférence a eu ainsi un caractère plutôt illustratif, focalisée sur les dilemmes qui entourent la notion de sculpture. Plus tard dans la série, ces questions ont évolué, et ont progressivement amené aux réflexions sur les capacités et les possibilités d’une image. Les versions de la conférence sont devenues de plus en plus abstraites et se sont fortement éloignées des interrogations d’origine. C’est comme un chemin vers l’abstraction au long duquel une sculpture devient progressivement représentative de toutes les questions, des doutes et idées qui émergent lors du processus.

Alors que je reconnais l’impossibilité de compréhension et d’interprétation de la totalité du processus créatif, ce processus se rend tangible par l’œuvre même.




Le rôle de l’explication et de l’illustration dans mon travail, confrontés constamment à leurs extrêmes, est proéminent. Le but n’est pas d’élucider le travail mais de l’utiliser comme stratégie afin de permettre au spectateur de vivre l’expérience de ce processus avec moi. En fait, le travail s’autodécrit.




Les objets n’ont ni le statut d’accessoire ni le statut d’œuvre. Je les considère plutôt comme des œuvres potentielles. Ils pourraient le devenir, mais ne le sont pas encore…

Cela provient principalement du fait que dans chaque tentative d’atteindre une conclusion ou une solution, le processus provoque une nouvelle question.

Le rôle idéal pour un objet – tel que j’aimerais le définir – serait toutefois de fonctionner comme une déclaration temporaire. Créer un moment ou je dis : « C’est ça. C’est vrai » alors qu’immédiatement après je pourrais dire « … mais ça ne l’est peut être pas …».


Bio

Hedwig Houben (1983) a étudié à l’Art Academy St. Joost, Breda (NL), à l’Art Academy de Düsseldorf (DE) et a été récemment diplômée de Higher Institute for Fine Arts, Ghent (BE).
Le travail de Houben a fait partie de l’exposition Making is Thinking, Witte de With, Center for Contemporary Art, Rotterdam (NL) (2011). Les performances récentes ont été présentées notamment à Kunstraum Niederösterreich, Vienne (AT); Casino-Luxembourg, Luxembourg (LU); CentrePasquArt, Bienne (CH); La Salle de Bains, Lyon (FR); Playground festival, STUK, Leuven (BE); La Compilotheque, Brussels (BE); Performatik festival, Beursschouwburg, Brussels (BE); Theater Aan Zee, Oostende (BE), theater/performance festival; It’s Not A Contest, OPEN, Düsseldorf (DE); Who Stole the Tarts? TENT, Rotterdam; Overzicht Tentoonstelling, projet en collaboration avec Galerie Gallery à Kunstvlaai, Amsterdam (2010/2011).
Parmi les expositions personelles sont Personal Matters and Matters Of Fact, Playstation Fons Welters Gallery, Amsterdam (NL); Five Possible Lectures On Six Possibilities For A Sculpture, P/////AKT, Amsterdam (NL). Parmi les expositions collectives sont Found in Translation, Casino-Luxembourg, Luxembourg (LU); Manufacture 2, John Hansard Gallery, Southampton (EN); OOO, Daine Singer Gallery, Melbourne (AU); The Shape Of Forms To Come, Kuttner Siebert Galerie, Berlin; Manufacture, Parc Saint Léger – Centre d’art contemporain, Pougues Les Eaux; Sober & Lonely Institute For Contemporary Art, Johannesburg; Cross Roads, KIT, Düsseldorf; Gasthoven, Aarschot; 100 x 100, Zwervende Tentoonstelling #15, Rotterdam; Déjà vu, Fabriek, Eindhoven; Pleasure Ground, Lokaal 01, Breda (2010/2011).




Pour voir plus du travail de Hedwig Houben :

www.hedwighouben.nl