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marcos avila forero




Pour répondre à l’invitation de New Folder, j’ai fait le choix de présenter pour la première fois des images et des vidéos qui documentent les contextes à l’origine de certains de mes travaux. Ces documents ne font pas partie des œuvres et n’ont pas été exposés jusqu’à maintenant. Quatre de mes dernières pièces sont présentées ici. Elles ont toutes le point commun d’exister pour décrire le contexte qui les a fait naître.
Le radeau doré
2011
Sculpture éphémère – Matériaux : Plantes de maïs, porteur en bambou.
Récolte des plants de maïs pour la construction du radeau doré



La Balsa Dorada (Le Radeau Doré)


« C’est l’histoire d’une grande confusion. Quand les espagnols sont arrivés dans cette région, ils ont écouté les histoires des Muïscas. Les anciens parlaient d’un lieu sacré où le Zipa faisait sur un radeau l’offrande du Doré (El Dorado)… Les espagnols ont donc cherché ce qu’ils ont bien voulu comprendre : l’or… Mais El Dorado ne faisait référence qu’à la couleur dorée du maïs. ».
Edilberto Mendoza.


Ce radeau a été construit à partir du tressage et tramage de plantes de maïs récoltés dans un champ cultivé avec les méthodes Muïscas. C’est une réplique du Radeau Dorée (Musée de l’Or à Bogotá.), pièce d’orfèvrerie Muïsca réalisé entre le VII et le X siècle qui se réfère à El Dorado, légende qui a traversé les époques et alimenté les esprits de nombreux hommes jusqu’à nos jours, donnant lieu à de nombreux massacres comme à de très riches créations littéraires, musicales, cinématographiques… Ce travail démystifie le mythe et nous plonge dans la réalité économique d’une culture dont le principal trésor était le maïs.
A Tarapoto, un manati
2011
Installation vidéo : Projection HD et écran cathodique. 18 min.
Extraits tirés de l’installation vidéo « A Tarapoto, un manati ».
Témoignages des gens des communautés Cocama et Ticuna, ayant motivé le projet « A Tarapoto, un manati »



A Tarapoto, un manati

Ce travail retrace une action qui s’est déroulée à Puerto Nariño, une zone de l’Amazonas suspendue à la frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil. Ce projet a été réalisé parmi les Cocamas. Plusieurs familles de cette communauté m’ont raconté les mythes du manati, un animal sacré, aujourd’hui pratiquement disparu des fleuves. J’ai travaillé à partir de ces histoires afin de les « réactiver » dans un contexte social qui tend à les oublier. Avec les souvenirs qu’un vieux sculpteur a gardé de cette bête, nous avons matérialisé sa forme dans le bois. Puis j’ai demandé à un jeune sabedor, un initié aux rituels magiques, de voyager sur le dos de cette sculpture le long du fleuve jusqu’au lac Tarapoto, où il l’a laissée partir à la dérive, guidée par les courants.
A San Vicente, un entraînement
2010 – Action sur plusieurs jours et installation, Dimensions variables. Matériaux : bois, dictaphone.



Dans la forêt Colombienne, lors des entrainements par la guérilla, les combattants sculptent la silhouette d’un fusil en bois avec une machette. Durant plusieurs mois ils vont s’entraîner avec ces objets en imitant avec leurs bouches les bruits des balles.

Sur un mur est accroché un dictaphone, il diffuse les bruits d’un de ces entrainements. On entend les guérilléros crier BAM BAM ! TRATATATA ! Et aussi leur commandant leur donner l’ordre : « QUEMEN ! » (En français « FEU !», mais plus exactement « BRULEZ ! »). J’exécute alors l’ordre donné par le commandant et brûle le bout de plusieurs fusils fabriqués de la même façon que ceux des combattants. Ensuite, sur le mur où est accroché le dictaphone, en empoignant les fusils comme des vrais, je dessine avec le bout brûlé, le souvenir resté de la forêt où l’entrainement a été enregistré. Ce travail tente de créer un pont entre deux contextes très différents, l’acte même de représenter étant l’outil central dans les deux cas.
Le village de VALPARAISO – Documentation photographique


Valparaiso c’est un groupement d’une vingtaine de maisons en bois, qui sont dispersées au milieux des montagnes de la forêt de Santander. Il n’y pas de route, on ne peux y accéder qu’à pied ou à cheval. Les fermiers cultivent la feuille de coca, la banane et le cacao entre autres produits.
Ce lieu, où j’ai passé une partie de mon enfance, est à l’origine et alimente plusieurs de mes créations de façon plus ou moins directe ou indirecte (ex : « La Sucursal Del Paraiso », « A San Vicente, Un Entrainement »). Plus le temps passe, et plus je construis autour de cet endroit un rapport fantasmé d’une existence qui continue à avancer là-bas, et de façon parallèle (voire indifférente) à moi.
La Sucursal del Paraiso
2010 – Vidéo, 5mn


«Là-bas on l’appelle « La Succursale du Paradis », « Parce que c’est l’endroit le plus beau sur terre, mais aussi parce que c’est là-bas qu’on est le plus près de la mort ».»

On voit l’arrière vide d’un camion. La violence des secousses laisse deviner une route en terre, une ombre se déplace à l’intérieur du camion, ce sont les seuls indices d’un hors-champ. Un texte défile au bas de l’image, c’est une lettre. L’auteur raconte l’histoire de son village. On apprend qu’il lui est impossible d’y retourner à cause d’un conflit.

Cette vidéo nous situe dans un espace, en suspens entre deux lieux. La lettre ne donne aucune information sur là où se trouve son auteur, on devine seulement qu’il n’est pas dans la région qu’il décrit. Cependant l’image nous laisse supposer que le camion arrive ou s’en va de cette zone, sans savoir s’il est vide ou si l’auteur de la lettre est dedans. On peut autant imaginer qu’il y retourne, ou qu’il n’arrive jamais.
Note

« Je ressemble à celui qui emporte toujours dans sa poche une pierre de sa maison pour montrer au monde comment c’est chez lui. » Bertolt Brecht.


Aujourd’hui les objets, les idées comme les gens voyagent constamment et rapidement. De quelle façon concevons-nous chaque réalité sociale, comment les perceptions, les personnes et les choses voyagent et se transforment dans ce flux constant ?

Chacun de mes travaux commence toujours d’abord par une rencontre, celle d’un lieu, d’un contexte, d’une personne, d’un document, d’une histoire… et c’est à partir de là que le travail commence.

Je m’intéresse aux témoignages, aux documents, à l’histoire quand elle est officielle, à l’histoire quand elle est officieuse, au vécu qu’ont gardé certains objets ou certaines matières premières… Tous ces éléments deviennent les outils dont je me sert pour échafauder chacune de mes pièces. L’être humain est le personnage principal.

Bio

Artiste Colombien résidant en France. Diplômé en 2010 de l’Ecole Nationale Supérieure de Beaux-Arts de Paris avec les félicitations du jury. En 2011 exposition collective « Le Vent d’Après », commissariat assuré par Jean de Loisy (directeur du Palais de Tokyo). Obtenant par la même occasion le Prix Multimédia Des Fondations Des Beaux-Arts pour « A Tarapoto, Un Manati » et « A San-Vicente, Un entrainement ». Invité en Colombie, en 2012, par l’Ambassade de France et le Musée d’Art Moderne de Medellin pour une exposition personnelle « De Pasaje ».




Pour voir plus du travail de Marcos Avila Forero :

cargocollective.com/marcosavila

marcosavila.tumblr.com